Handicapé : Qui est reconnu comme tel en France ?

95 % des handicaps sont invisibles. C’est un chiffre qui dérange, qui bouscule les idées reçues. Parce qu’en France, être reconnu comme « handicapé » n’a rien d’une question médicale abstraite : c’est une épreuve de paperasse, de barème, d’évaluation de chaque recoin de la vie quotidienne. Ici, la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) ne s’arrête ni à un nom de maladie, ni à une étiquette. Ce qui compte, c’est l’impact réel du trouble sur la vie de tous les jours. L’État a son guide-barème, ses grilles, ses taux. Mais derrière ces chiffres, il y a des histoires, des parcours, des visages.

Certains souffrent d’une affection reconnue de longue durée, ce qui ouvre la porte à l’examen d’un dossier. Mais rien n’est automatique : chaque situation se joue au cas par cas. Deux personnes avec la même pathologie peuvent recevoir des réponses différentes. L’obtention de la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ou d’une aide financière dépend d’une mécanique subtile, presque artisanale, du traitement des dossiers.

Qui peut être reconnu en situation de handicap en France ?

La notion de handicap en France va bien au-delà de la représentation classique. Depuis la loi du 11 février 2005, une personne est reconnue comme handicapée dès lors qu’elle subit, dans son environnement quotidien, une limitation d’activité ou une restriction de participation à la vie sociale, conséquence d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions : physique, sensorielle, mentale, cognitive, psychique, ou encore d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. Cela englobe bien plus que la simple déficience motrice ou sensorielle.

La demande de reconnaissance s’effectue auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Ce guichet unique accueille tous les âges, enfants comme adultes. Là, c’est la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) qui prend le relais. Elle analyse chaque dossier en s’appuyant sur un barème national, qui mesure l’impact quotidien des limitations : se déplacer, communiquer, travailler, apprendre… rien n’est laissé de côté.

La CDAPH regarde la situation dans sa globalité, sans se limiter au diagnostic médical. Même maladie, décisions différentes : tout dépend du contexte, des ressources, de l’entourage, de l’âge, des soutiens déjà en place. Sont concernés : enfants avec troubles du neurodéveloppement, adultes marqués par un accident, personnes vivant avec une maladie chronique évolutive ou un trouble psychique stabilisé. Le système français privilégie une analyse fine, qui vise à garantir à chacun, autant que possible, un égal accès à la vie sociale et à l’autonomie.

Maladies invalidantes : la liste des affections prises en compte par la MDPH

La MDPH scrute un large éventail de maladies invalidantes. Ce qui fait la différence ? Le taux d’incapacité mesuré selon le barème de la sécurité sociale. Ce taux ne se contente pas d’énoncer un diagnostic, il traduit la perte d’autonomie concrète du quotidien.

Pour mieux comprendre, voici les principaux types d’affections régulièrement instruits par la MDPH :

  • Maladies neurologiques comme la sclérose en plaques, l’épilepsie sévère ou les myopathies
  • Affections psychiatriques telles que la schizophrénie, les troubles bipolaires, l’autisme
  • Maladies chroniques : diabète insulino-dépendant compliqué, insuffisance cardiaque ou respiratoire sévère
  • Déficiences sensorielles : surdité profonde, cécité
  • Handicaps moteurs suite à une paralysie ou une amputation
  • Maladies rares aux conséquences invalidantes
  • Maladies génétiques ou métaboliques sévères chez l’enfant
  • Affections évolutives (sclérose latérale amyotrophique, maladie de Huntington)
  • Polyhandicaps et dépendance totale

Chez l’enfant, ce fameux taux d’incapacité permet d’ouvrir droit à des aides comme l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH). Pour les adultes, il conditionne l’attribution de l’allocation aux adultes handicapés (AAH), l’accès à la prestation de compensation, ou l’orientation vers des structures adaptées. La liste des affections de longue durée (ALD) fixée par le code de la sécurité sociale sert de repère, mais la décision reste personnalisée, en fonction de la perte réelle d’autonomie vécue par la personne.

RQTH : quels droits pour les travailleurs handicapés ?

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) n’est pas un simple label administratif : c’est un sésame pour accéder à des droits spécifiques sur le marché du travail. Décernée par la CDAPH, elle peut tout changer pour qui veut décrocher ou conserver un emploi malgré le handicap.

La loi impose à tout employeur d’au moins 20 salariés de compter 6 % de travailleurs handicapés dans ses effectifs. Pour atteindre ce quota, les entreprises peuvent embaucher directement, ou faire appel à des structures adaptées.

Voici ce que la RQTH rend possible au travail :

  • Aménagement du poste selon les besoins spécifiques de la personne
  • Possibilité de temps partiel thérapeutique
  • Accès prioritaire à la formation professionnelle
  • Accompagnement par le service public de l’emploi (Pôle emploi, Cap emploi, Agefiph…)
  • Protection contre les discriminations liées à l’état de santé, aussi bien à l’embauche qu’au cours de la carrière
  • Accès à des aides financières pour adapter les locaux ou le matériel de travail

En Île-de-France et dans les grandes villes, les personnes concernées bénéficient d’un maillage dense d’acteurs spécialisés. La RQTH concerne aussi bien les handicaps visibles que les maladies chroniques invalidantes, troubles psychiques ou sensoriels, dès lors qu’il existe une altération durable des capacités à travailler dans des conditions standards.

Jeune femme avec canne dans une rue parisienne animée

AAH, accompagnements et textes de référence : ce que prévoit la loi

La loi du 11 février 2005 a ouvert une nouvelle page pour la reconnaissance et l’accompagnement des situations de handicap en France. Désormais, toute personne présentant une altération durable ou substantielle de ses fonctions physiques, sensorielles, mentales ou psychiques peut prétendre à une compensation, via la MDPH. C’est elle qui accompagne, instruit les demandes et oriente chacun vers l’aide la plus adaptée.

L’allocation aux adultes handicapés (AAH) garantit un revenu minimal aux personnes dont le taux d’incapacité atteint 80 %, ou compris entre 50 et 79 % si l’accès à l’emploi est fortement entravé. La Caf verse cette aide, calculée en fonction des ressources du foyer et de la situation familiale.

Les accompagnements proposés couvrent plusieurs besoins :

  • Prestation de compensation du handicap (PCH) : pour financer l’aide humaine, les équipements techniques, l’aménagement du logement ou du véhicule.
  • Pension d’invalidité : versée par l’assurance maladie en cas de capacité de travail réduite de façon durable, sous conditions d’affiliation.
  • Accès aux dispositifs de droit commun, adaptés selon les besoins, que ce soit pour la formation, l’emploi ou l’accompagnement social.

C’est la CDAPH qui décide de l’ouverture des droits, de la durée d’attribution et de l’orientation vers les solutions les plus appropriées. La durée des aides varie selon l’évolution du handicap et les règles en vigueur.

De la demande à la décision, des textes aux réalités vécues, la reconnaissance du handicap en France reste l’affaire d’une évaluation humaine, attentive, et parfois imparfaite. Mais pour ceux qui arrachent ce sésame, c’est souvent le début d’une reconstruction, d’un nouvel équilibre, d’une place retrouvée dans une société qui, elle aussi, apprend à voir l’invisible.

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